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DeFord Bailey

Jouer à l’Opry

En 1926, DeFord joue régulièrement dans l’émission hebdomadaire. Judge Hay, qui aimait trouver des surnoms pour tous ses artistes, surnomme DeFord « The Harmonica Wizard » (le magicien de l’harmonica). En réalité, la musique du magicien de l’harmonica est à l’origine du célèbre nom de l’émission : le « Grand Ole Opry. »

En décembre 1927, une émission nationale d’opéra sur la NBC, qui précède le « Barn Dance », conclut la fin d’un morceau de musique classique en imitant une locomotive. Judge Hay, recherchant une bonne transition pour le programme de la WSM, introduit alors DeFord Bailey et son morceau de train « Pan American Blues ». Après la performance de DeFord, Judge Hay dit : « Pendant une heure, vous avez écouté de la musique provenant largement du Grand Opéra, mais à partir de maintenant, nous présenterons le « Grand Ole Opry ».

En 1928, DeFord s’est déjà installé dans une routine hebdomadaire avec l’Opry, apparaissant deux fois plus souvent qu’aucun autre artiste. Les premières années de l’Opry, le programme englobe tous les genres musicaux autochtones et n’essaie pas de se limiter à une audience exclusivement blanche. L’Opry et d’autres programmes de WSM sont conçus pour vendre des assurances de la National Life. Une grande partie des affaires de la National Life consistent en petits contrats d’assurance, populaires avec les clients aux petits revenus, à la fois blancs et noirs. Judge Hay dit à DeFord que « la moitié de l’argent de National Life provient de gens de couleur et que DeFord a aidé à faire ces ventes. »

Avec le temps, cependant, l’Opry devient de plus en plus identifié avec la musique du sud rural blanc. Tous les artistes sont blancs, à l’exception de DeFord. De temps en temps, d’autres artistes noirs, dont les Fisk Jubilees Singers et le Carthage Quartet, sont invités dans le programme, mais DeFord est le seul de longue durée. La combinaison de ses talents musicaux et son apparence physique minuscule, non-menaçante, lui a sans doute ouvert des portes qui étaient fermées pour d’autres de sa « race ».

En novembre 1928, DeFord est embauché par WNOX, une station de radio plus petite à Knoxville, dans le Tennessee. Non satisfait de son salaire et du traitement paternaliste à WSM, il quitte brièvement Nashville. Il y retourne en 1929 et retrouve le Grand Ole Opry. Il est en mesure de négocier un meilleur salaire. Quelques mois plus tard, il rencontre et marrie Ida Lee Jones.

Dans les années qui suivent, DeFord et Ida Lee ont trois enfants. DeFord continue à gagner sa vie à l’Opry, comme musicien professionnel, mais durant la Dépression, il cherche d’autres moyens d’augmenter son salaire à Opry. Vers 1930, il ouvre un stand de barbecue et un stand de cirage de chaussures, et il devient propriétaire, louant régulièrement des chambres dans sa maison. Même avec ces revenus supplémentaires, il a toujours besoin d’argent. L’un des seuls moyens de faire beaucoup d’argent pour des musiciens de musique country est alors de partir en tournée. Ces tournées se révèleront être ses plus grands triomphes et épreuves.

DeFord était seulement connu comme une star de la radio dans le « Grand Ole Opry » et la majorité de l’audience ne savait pas que c’était un « homme de couleur ». Peut-être que la communauté noire savait qu’il était noir, mais sa « race » n’était pas mentionnée à l’antenne. Et cela n’était pas accidentel. Judge Hay pensait que les fans de l’Opry ne seraient pas contents si la race de DeFord était rendue publique. Son inquiétude se révéla infondée.

La tournée

Au début de l’année 1933, WSM met en place une agence artistique pour promouvoir les apparitions personnelles des stars de la radio. Déjà, DeFord est l’un des musiciens les plus populaires de l’Opry. Étonnamment, quand sa race devient apparente sur la tournée, cela ne semble faire aucune différence pour l’audience.

« Oncle Dave Macon était l’artiste préféré de l’Opry, et j’étais le second », raconte-t-il.

Roy Acuff se souvient que DeFord attirait toujours la foule quand il était sur les routes, et les autres le prenaient avec eux pour s’assurer d’avoir un large public.

Des restrictions légales et les normes sociales de l’époque rendaient impossibles la socialisation avec les fans ou ses associés blancs. DeFord n’était pas autorisé à manger ou dormir dans les mêmes endroits. On devait souvent lui trouver un logement spécial dans les quartiers noirs de la ville. Parfois, il devait dormir dans la voiture, faute d’avoir trouvé un endroit sûr. Aux repas, il mangeait généralement dans la cuisine ou dans la voiture.

DeFord était le seul afro-américain de son temps à jouer régulièrement et de manière égalitaire avec les artistes blancs, et devant des audiences blanches, à Dixie et ailleurs.

Le départ de l’Opry

Au printemps 1941, DeFord entame sa seizième saison avec le « Grand Ole Opry ». Cela fait un an et demi que la chaîne NBC diffuse l’émission, et l’Opry devient de plus en plus professionnel. DeFord n’apparaît que dans quelques télédiffusions. Au milieu des années 1930, les nouveaux artistes, avec leur image plus lisse, se produisent à la télé, tandis que les anciens jouent dans la partie de l’émission qui n’est pas diffusée sur NBC.

Les apparitions de DeFord sont également affectées par un problème de licence avec l’ASCAP (la Société Américaine des Compositeurs, des Auteurs, et des Editeurs), qui exigeait que des frais soient versés pour l’utilisation de la musique protégée par des droits d’auteur. Quand le contrat de l’ASCAP avec les radios doit être renouvelé, la première en profite pour doubler ses tarifs d’utilisation. Les stations de radio sont furieuses et essaient de boycotter toutes les chansons protégées par le copyright de l’ASCAP. DeFord est gravement touché par le boycott puisque la plupart de son répertoire est protégé par le copyright de l’ASCAP.

Pour parer le manque de contenus de l’ASCAP, les radios, y compris celles qui étaient responsables de l’Opry, créent une nouvelle organisation appelée « BMI » (Broadcast Music Incorporated) et commencent à créer un catalogue de musique destiné essentiellement à la radio. Outre le fait de contrer l’ASCAP, l’autre raison pour laquelle l’Opry insiste pour créer de nouvelles chansons dans la BMI est le fait que l’un des 600 actionnaires de la BMI est Edwin Craig, de la WSM. Ce dernier fait bien comprendre aux artistes de la station que ceux-ci doivent apporter leur pierre à l’édifice en créant de nouvelles chansons qui pourront être déposées à la BMI.

Blessé, perplexe et offensé par l’insistence de l’Opry pour qu’il crée de nouveaux morceaux, DeFord continue de jouer ses vieux airs. Fin juillet, le boycott est terminé et NBC signe un accord avec l’ASCAP. Les choses redeviennent comme avant, à une exception. Après le 24 mai 1941, le nom de DeFord n’apparaît plus dans la programmation. Il est congédié.

Le renvoi de DeFord Bailey est l’un des aspects les plus controversés de l’histoire de l’Opry. Judge Hay offrit sa propre explication dans son livre, « A Story of the Grand Ole Opry » (1946) :

« Ca nous amène à DeFord Bailey, un petit homme de couleur impotent qui était un personnage joyeux de l’émission pendant à peu près 15 ans. Comme quelques membres de sa race et d’autres races, DeFord était paresseux. Il connaissait une douzaine de chansons qu’il jouait à l’antenne et qu’il enregistra pour une grande compagnie, mais il refusait d’en apprendre d’autres, même si sa récompense était grande. C’était notre mascotte et il est toujours aimé de toute la compagnie. On lui a donné toute une année de congé pour qu’il apprenne d’autres airs, mais il ne voulait pas. Quand on lui donna (son dernier) congé, DeFord dit, sans méchanceté : « Je savais que ça allait venir, Judge, je savais que ça allait venir. »

Les souvenirs de DeFord de l’évènement sont très différents. Bien qu’il soit en désaccord avec l’explication de Hay, il ne lui reproche pas son renvoi. « Il avait aussi un patron. C’était la compagnie. C’est terrible pour une compagnie de dire des choses comme cela sur moi. Je lis entre les lignes. Ils voyaient que le jour où ils devraient bien me payer allait arriver… Et ils ont utilisé l’excuse selon laquelle je jouais toujours les mêmes vieux morceaux. »

Cette accusation était sans fondement et ne semblait pas s’appliquer à d’autres membres de l’Opry. DeFord jouait certaines œuvres principalement parce que, pendant des années, la direction de l’Opry insistait pour qu’il joue ces airs. DeFord se souvient : « Je leur ai dit que j’en avais marre de toujours jouer la même chose, mais je devais faire ce qu’ils me demandaient, vous savez. Gene Austin jouait le samedi soir quand j’y étais. Il jouait « Blue Heaven » sur sa guitare. La semaine suivante, je suis revenu avec la même chose pour mon harmonica. Ils ont dit : « Non, ne joue pas ça. C’est leur chanson. Joue le blues comme tu fais d’habitude. »

Alcyone Bate Beasley, la fille du premier mentor de DeFord, le Dr. Humphrey Bate, dit un jour : « Dans  l’émission « Today’s Opry » et « Opry for generations », la plupart des artistes font exactement ce qui a valu à DeFord d’être renvoyé. Ils jouent les airs pour lesquels ils sont le plus connu. Qui peut imaginer Roy Acuff, dans l’Opry, ne jouant pas ni « Wabash Cannonball » ni « Great Speckled Bird ».

Selon le musicologue et avant tout historien de l’Opry, Charles Wolfe, « le départ de DeFord de l’Opry n’a jamais eu de sens pour quiconque qui connaissait l’histoire de l’Opry. »

 

Source : http://en.wikipedia.org/wiki/DeFord_Bailey

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